La jouissance féminine est-elle politique ? Débat avec Marcela Iacub, citéphilo, samedi 15 novembre 2014

La jouissance féminine est-elle politique ? Débat avec Marcela Iacub, Citéphilo 

La jouissance des femmes, au sens objectif, a toujours été un objet du droit (comment les posséder, comment les échanger). En revanche, la jouissance des femmes, au sens subjectif, n'a été étudiée que de façon beaucoup plus marginale, par l'Église notamment à cause de ses résonances diaboliques, ou par Sade, théoricien d'un droit universel à la jouissance. Freud, qui a inventé la psychanalyse en écoutant des femmes, a pris la suite de Sade en mettant la jouissance au cœur du malaise contemporain. Comment la jouissance féminine pourrait-elle devenir aujourd'hui un facteur décisif de la politique ? Réponses réelles et utopiques avec Marcela Iacub.

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L'insistance de Jean Bollack (1923-2012) par Geneviève Morel

L'insistance de Jean Bollack (1923-2012)

par Geneviève Morel 
 

Toutes les semaines, dans les années 90, dans le train Paris-Lille ou Lille-Paris, je voyageais dans le même compartiment qu’une dame qui travaillait, penchée sur des textes anciens. Je venais de lire La naissance d’Œdipe, de Jean Bollack, qui est de loin l’ouvrage le plus éclairant que j’aie jamais lu, non seulement sur Œdipe Roi de Sophocle, mais aussi sur le traitement complexe qu’a fait subir, à cette tragédie, la postérité, y compris freudienne. Je savais que l’auteur de cet ouvrage si lucide travaillait à l’Université de Lille avec sa femme, elle aussi philologue. Mue par une impulsion qui me sembla osée, je demandai un jour à ma voisine si elle n’était pas Mayotte Bollack. Ainsi commença une amitié ininterrompue avec Mayotte et Jean Bollack. Amitié et aussi série continue d’échanges de travail, sur la psychanalyse, la tragédie, le suicide, la lecture, la poésie, la politique, la philosophie, l’amour… à Paris, Lille, Rome, Venise, Cerisy, Karlsruhe… 

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Sexautomaton

Sexautomaton : à propos de Shame (2011) de Steve MacQueen, avec Michael Fassbender

Pour qui la honte, dans ce film ? Pour le spectateur  probablement, est la réponse qui vient quelques heures après la projection.

En effet, si le héros Brandon, un cadre new yorkais d’une trentaine d’années vit sous nos yeux une véritable plongée en enfer, il ne semble pas en éprouver de la honte. A partir d’un certain moment, il est certes accablé, mais ce qu’il éprouve reste énigmatique à cause de la façon de le filmer de Steve MacQueen, toujours de l’extérieur, à travers des vitres ou la pluie, souvent nu, le corps sexué exposé mais quasiment en silence.

Le premier plan le donne complètement immobile comme déjà mort, ou plutôt mortifié, enveloppé dans ses draps comme d’un linceul, la main peut-être sur le sexe. A quoi pense-t-il ? On ne le saura pas. N’incarne-t-il pas plutôt un genre de « je ne pense pas », celui du ça freudien selon Lacan ? « Je suis là où je ne pense pas. » Brandon est vide,

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