Anti-Nietzsche

Sur Antichrist, de Lars von Trier (2009)

Je me suis passablement ennuyée en regardant le dernier film de Lars von Trier, Antichrist, supposé pourtant hyper scandaleux. À Cannes, on a même donné un prix d’interprétation à Charlotte Gainsbourg parce que, la pauvre, supporter tout cela, même si des acteurs pornos ont doublé les scènes sexuelles, ça prouve qu’elle est une vraie actrice.

Certes, on y trouve une anthologie de tout ce que l’on adore montrer au cinéma (sentiment de déjà-vu) : une demi-castration, un démembrement au vilebrequin, une auto-excision au sécateur, des masturbations féminines boueuses (dans la terre), et des coïts, surtout vus de dos, le tout sans aucun effet érotique, ce qui est intéressant d’ailleurs, pourquoi ?

Un très mignon petit garçon saute par la fenêtre avec son doudou pendant que ses parents font l’amour sur la machine à laver (il n’y a vraiment pas de quoi se tuer, mais enfin…). Sa mère s’effondre, est hospitalisée. Son mari, psychothérapeute et gourou d’inspiration cognitiviste, décide de la soigner lui-même (puisqu’il l’aime !), et la fait sortir de l’hôpital contre avis médical et contre toute éthique ordinaire puisqu’en principe on ne soigne pas sa propre famille. Le film montre en effet que c’est catastrophique, et, de ce point de vue, même si on nous y affirme que « pour la psychologie moderne, Freud est mort», le cognitivisme s’y montre sous un jour bien grimaçant. On a dit que le film était misogyne, que Lars von Trier avait succombé à ses démons, etc. Mais le film n’est pas plus misogyne que misandre, car le mari n’est pas vraiment mis en valeur ! Il décide de faire revivre à sa femme toutes les expériences désagréables qu’elle a eues avec son fils juste avant sa mort dans leur chalet nommé Eden. En fait, tout est à entendre et voir par antiphrase dans ce film, à l’image de la folie supposée de la femme. Elle prépare une thèse, « Gynécide », sur les tortures des sorcières au Moyen âge et elle est devenue maléfique par contagion : n’a-t-elle pas mis sciemment ses chaussures à l’envers à son fils qui, à l’autopsie, révèle une légère déformation des pieds ? C’est presque Œdipe, mais c’est quand même beaucoup plus bête. Ce détail des chaussures à l’envers est le symbole du film : Tout doit être inversé, le bon psychothérapeute est sadique, la mère éplorée est obsédée sexuelle et frigide, Eden est l’enfer, etc. On s’attend à la conclusion dès le premier tiers du film et on ne se trompera pas. La sorcière, en communion avec une nature mauvaise mais pas vraiment à la hauteur de Sade, possède son thérapeute de mari qui se met à avoir des hallucinations dégoûtantes, visions de charogne animales et d’accouchement monstrueux. Elle-même entend les cris de son bébé mort. Il y a, plus que de la femme, une obsession quasi-psychotique de la maternité et du sexe comme moyen de reproduction, qui explique peut-être le manque total d’érotisme et l’ennui que l’on ressent. Les dialogues sont complètement idiots ; les images très travaillées, comme des tableaux : on voit les morts sortir de terre comme dans des tableaux du jugement dernier. On est dans un monde onirique (plutôt bad trip), presque comme un film d’animation dont les personnages, même si leurs visages sont maquillés pour qu’ils aient l’air de plus en plus maléfiques, ressemblent à ces figures tracées par terre à la craie dans Dogville. La musique ? Du Haendel, évidemment ! À la fin, on nous dit que le film est un hommage à Tarkovski, je n’ai pas saisi pourquoi…