Geneviève Morel reçoit aussi par Skype, téléphone, FaceTime, Whatsapp, etc.

22ème Colloque de l’ALEPH et du CP-ALEPH

affiche mascarade 2021SAMEDI 29 MAI 2021

EN VISIOCONFERENCE

Renseignements, programme et inscriptions

9h30–11h00

Ouverture et présidence de séance: Dr Eric Le Toullec

Discutant(e)s : Franck Dehon, Vincent Le Corre

Diane WATTEAU

Cindy Sherman ou La Roberte (elle est trop pour être seule)

Quand l’intermédiaire masque ou voile la présence réelle de Cindy Sherman, son corps devient un nom, une enveloppe, qui dissimulent et simulent l’artiste. Incarnation « sous les espèces du corps histrionique », nous envisagerons certaines œuvres et séries de Sherman à partir de la Denise-Roberte de Pierre Klossowski, signe unique qui fait du sujet un otage et un fugitif. Constamment dissolue dans une production incessante de doubles, entre « Je n’y suis pas » et « Mais Roberte, c’est toi ! », Sherman troque son image comme un Simulacre et une « Monnaie vivante ».

Diane WATTEAU, agrégée et maître de conférences en Arts et Sciences de l’art à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne (Institut Acte, EA 7539), critique d’art (AICA), artiste, commissaire indépendante, adjointe à la rédaction de Savoirs et Clinique, revue de psychanalyse, membre de l’ALEPH.

Marie-Amélie ROUSSILLE

Défaillance du masque dans la mélancolie, réflexion à partir de deux cas cliniques

À trouver derrière un masque toujours un autre masque, on a un certain confort, on reste toujours à une certaine distance du trou du réel. Car le masque, symptôme ou fantasme, diffractant la pulsion, nous maintient séparés de l’objet a. Il permet qu’opère pour nous le désir. Parfois cependant, le masque manque de consistance, ou bien il est trop compact :le sujet se trouve alors sans défense face à l’horreur du vide.En m’appuyant sur deux cas cliniques, j’essaierai d’illustrer comment la défaillance de la fonction du masque laisse certains sujets figés par l’angoisse, exclus du train du désir. Je témoignerai de comment, à écouter ces patients en interrogeant le masque qu’ils nous présentent, nous pouvons orienter notre pratique clinique.

Marie-Amélie ROUSSILLE est psychologue à Lille, enseignante à Savoirs et Clinique, membre de l'ALEPH.

11h00 –11h15 : Pause-café

11h15 –12h45

Présidente de séance : Lucile Charliac

Discutant(e)s : Hélène Coesnon,Jean-Claude Duhamel

Pascal LEC’HVIEN

Cacher pour se donner une valeur

Accueillie dans un service de psychiatrie où elle séjourne depuis plusieurs mois, cette femme inquiète et déroute les soignants et ses proches qui l'entourent et l'accompagnent. Tournant le dos à tout projet,indifférente à toute «affirmation de soi », elle semble inexorablement aspirée vers le pire. Comme elleme l'explique, elle est surtout habitée par une conviction : « De toute façon, je le sais, je ne suis qu'une chose immonde ! »Peut-on tenter d'éclairer une telle logique singulière où les masques comme image possible s'avèrent dérisoires, mais malgré tout précieux en tant que voile ?

Pascal LEC’HVIEN est psychanalyste, psychologue au CHGR de Rennes, membrede l’ALEPH.

Bénédicte VIDAILLET

« Une fille coincée dans un corps de garçon » Corps en chantier par temps de transidentité

Le récent documentaire de Sébastien Lifshitz, Petite fille, conçu d’après sa productrice pour «aider à changer le regard sur les enfants transgenre», tient sur une affirmation centrale répétée par sa mère puis par tout l’entourage : Sasha, l’enfant dont il s’agit dans le film, « est une fille, coincée dans un corps de garçon ». À quelle conception du corps, mais aussi de la sexuation, et de l’identité, renvoie cette idée,mise en avant comme un argument se voulant décisif ?Il y aurait donc un «mauvais» corps enfermant dans une apparence un sujet, ayant par ailleurs la certitude absolue de ne pas correspondre dans son identité profonde à cette apparence. Un enjeu important serait alors, pour ces sujets, de faire correspondre le «bon » corps à cette certitude, en le fabriquant comme un Meccano, en le mettant en chantier ou en le bricolant avec l’appui d’un «marché de la transition» offrant des possibilités technico-médicales sans cesse renouvelées : prises d’hormones, opérations de l’appareil génital, chirurgie esthétique, procréation artificielle, etc.

En nous appuyant sur des films récents, ainsi que sur le cas clinique d’une patiente transgenre, et avec l’appui de la théorie psychanalytique, nous questionnerons cette idée d’un sujet « coincé dans le mauvais corps ».

Bénédicte VIDAILLET est psychanalyste, membre du CP-ALEPH, professeure à l'université Paris Est Créteil.

12h45 –14h30: Pause déjeuner et café

14h30–16h00

Présidente de séance : Dr Brigitte Lemonnier

Discutant(e)s : Vonnick Guiavarc’h, Frédéric Yvan

Geneviève MOREL

Masques de chair

Michel Foucault définit le monstre comme celui ou celle dont la forme viole les lois de la nature en transgressant ses classifications. Être hybride au croisement de catégories ou genres différents(animal/humain, homme/femme, vie/mort), son existence met au défi le droit, qu’il soit civil, canonique ou religieux. (Cf. Les anormaux, cours au collège de France 1974-1975, Gallimard, 1999). La transformation du «monstre humain» en un objet moins « visible », l’«anormal », est le prélude de l’avènement d’un certain nombre de disciplines qualifiées de «techniques » et destinées à traiter l’anomalie au 19ème siècle. Parmi elles, la neuropathologie et la psychanalyse. D’autres auteurs ont cependant modéré cette affirmation de la transformation du monstre en anormal en notant la rémanence voire la résurgence du monstrueux dans certains domaines : ainsi Jean Clair dans l’art contemporain (Cf. Hubris. La fabrique du monstre dans l’art moderne, Gallimard, 2012). Je voudrais interroger ce que j’appellerai ici la subjectivité monstrueuse, à savoir la subjectivité de celles et ceux qui se sentent et se plaignent d’être monstrueux et cherchent à y remédier, notamment par des interventions correctrices sur leur corps, mais aussi de celles et ceux qui, au contraire des précédents,revendiquent leur supposée monstruosité comme une figure d’avant-garde. Guidée par mon expérience clinique, je m’appuierai sur l’histoire et l’autobiographie de Joseph Merrick, mise en scène dans Elephant Man(1980) par David Lynch, et sur certains écrits de Paul B. Preciado, notamment Je suis un monstre qui vous parle. Rapport pour une académie de psychanalystes, Grasset, 2020.

Geneviève MOREL est psychanalyste à Lille et Paris, présidente de l’association Savoirs et clinique,rédactrice en chef de Savoirs et clinique, revue de psychanalyse, membre du CP-ALEPH.

Bruno Nassim ABOUDRAR

Masques et moulages, visage et corps

Le masque peut estomper la zone du corps où il s’applique –c’est le cas de la plupart des masques prophylactiques que l’épidémie actuelle nous oblige à porter –, mais il peut également en accuser les caractéristiques –tels étaient, pour rester dans le registre de la maladie, les masques « à bec » dont le nez,délibérément agrandi, logeait des boules de thériaque. Dans le premier cas, il est souple, dans le second,sa forme résulte d’opérations qui relèvent pour une part du moulage, pour une autre de la sculpture. Ma communication se propose, dans un premier temps, d’étudier ces tensions entre masques moulants (ou moulés, c’est différent), et masques couvrants dans leur rapport au visage, en partie ou en totalité. Dans un second temps, j’envisage d’élargir l’enquête à d’autres parties du corps : le masque est-il nécessairement lié au visage ou doit-on considérer qu’une « feuille de vigne », un périzonium, un étui pénien, des jambières ou un soutien-gorge (par exemple) relèvent également, à certains égards de la même catégorie ?

Bruno Nassim ABOUDRAR est professeur d'histoire et théorie de l'art à la Sorbonne nouvelle. Dernier ouvrage paru : Les Dessins de la colère, Flammarion, 2021.

16h00–16h15: Pause-café

16h15–17h45

Présidente de séance : Isabelle Baldet

Discutant(e)s :Dr Emmanuel Fleury, Monique Vanneufville

Sibylle GUIPAUD

Chateaubriand, le splendide histrion du néant

Dans la «bâtisse en trompe-l’œil» des Mémoires d’outre-tombe, le ballet vertigineux des masques de François-René de Chateaubriand réfléchit la démonstration lacanienne selon laquelle «s’il y a besoin de persona, c’est que derrière, peut-être, toute forme se dérobe et s’évanouit». Le «je» des Mémoires est personne. «Je suis le fils de Laërte» écrit Chateaubriand au cours du récit de son voyage de Paris à Prague. L’illustre ambassadeur voyage alors incognito afin de servir une monarchie exilée. Cependant, à l’entrée de la Bohême, un obscur douanier de Haselbach le prend pour un «monsieur-tout-le-monde».

Sibylle GUIPAUD est professeure agrégée de lettres, doctorante en littérature, membre de la rédaction de Savoirs et clinique,revue de psychanalyse et membre de l’ALEPH.

Geneviève TRICHET

Dorante, un écran qui dévoile

Un adolescent consulte à la demande de l’Autre scolaire, qui a tiré la sonnette du « signalement » : baisse des résultats, quelques symptômes dépressifs, une mère désemparée avec ce fils unique avec qui elle vit sans le père. Déclarée infertile, elle ne devait pas être mère. L’arrivée de cet enfant fait mentir la parole médicale, à laquelle elle a peut-être voulu croire. Né d’une liaison adultère, Dorante n’ignore pas ses origines. Il ne cesse de dénoncer les contradictions des adultes qui l’entourent, dévoilant en même temps les siennes en feignant de les ignorer. Parmi elles, le mensonge qui a inauguré sa rencontre avec son père, ses mensonges, qui l’accompagnent depuis l’enfance. Lui qui dit ne pas aimer se montrer diffuse ses « live » de jeu vidéo dont il est l’acteur principal. Dorante semble vouloir leurrer son monde. Que peuvent nous apprendre ces jeux de cache-cache sur son fantasme ? De quel désir son symptôme est-il le masque ? Nous tenterons de répondre à ces questions en déroulant le cas de Dorante.

Geneviève TRICHET est psychanalyste et psychiatre à Angers, membre de l’ALEPH, exerce également dansun CMPP auprès d'adolescents.

Clôture du colloque : Antoine Verstraet