« Mi-lucien », à propos de Lacombe Lucien, la question des extrémismes

Le cinéma et la question des extrémismes :

« Mi-lucien », à propos de Lacombe Lucien, de Louis Malle (1974), coscénariste Patrick Modiano

Le thème de l’extrémisme concerne essentiellement le héros du film, Lucien Lacombe, sur lequel je me concentrerai ici.
Le film est tendu entre deux propositions :

1) Dans la peau de ce salaud, Lucien, vit un homme.
2) Les salauds sont des hommes ordinaires, ou encore, dans certaines circonstances, n’importe qui peut basculer et devenir un tortionnaire 1.

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MODALITÉS TERRORISTES DU « PASSAGE À L’ACTE », introduction du débat et questions

MODALITÉS TERRORISTES DU « PASSAGE À L’ACTE »

Les attentats terroristes auxquels nous assistons depuis plusieurs années, et dont la fréquence semble s’être accélérée, sont-ils du même ordre que les «meurtres de masse» fréquents aux USA ? S’agit-il de suicides déguisés en massacres ? Quels rôles jouent les religions et les idéologies dans ces processus de radicalisation extrême. Quelles différences avec d’autres terrorismes du 20e siècle ou du 19e siècle ? En quoi ce que la tradition psychanalytique et psychiatrique a appelé «passage à l’acte» a-t-il à voir avec ces phénomènes ?

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50 NUANCES de Grey : Les raisons d’un succès littéraire féminin sans nuance - L’attrait du vampire

par Geneviève Morel (copyright Geneviève Morel)

     Fifty Shades of Grey, de l’auteur britannique E. L. James, rapidement suivi de Fifty Shades Darker et de Fifty Shades Freed[2]. On en serait à 70 millions de volumes…  Son triomphe commercial ne l’a pas empêché d’être extrêmement controversé, comme le montrent les appréciations contrastées des sites de vente en ligne. Bien davantage, à quelques rares exceptions près, la plupart des critiques l’ont trouvé mal écrit, fastidieux, portant bien son nom de « Grey/gris » mais pas celui de « Shades/nuances », invraisemblable, mièvre, « gnan-gnan » ou « cul-cul », rempli de poncifs et de clichés, d’un érotisme éculé, et j’en passe.

     On en déduira que les critiques littéraires ne sont pas en phase avec la plupart des lecteurs de 50 Shades ! Bien que le livre ait été dérisoirement qualifié comme « mommy porn », soit de « pornographie pour mères de familles », son succès, aussi fulgurant que colossal auprès des femmes, pas forcément mères au foyer, plutôt cultivées, assez jeunes et avec un bon niveau de revenus, est absolument indéniable[4], et d’un boum dans l’usage des sextoys dont il enseigne l’usage à la façon d’un manuel scolaire pour débutantes.

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Marie Langer : les contradictions d’une psychanalyste du 20ème siècle. Geneviève Morel

Marie Langer : les contradictions d’une psychanalyste du 20ème siècle.

Geneviève Morel

Dra Marie Langer. La de "maternidad y sexo"

Lorsque j’étais en train d’écrire mon exposé, j’ai zappé sur internet et regardé un film qui entrait justement dans le cadre de notre thème d’aujourd’hui. Il s’agit d’un film coréen de 1987, The Surrogate Woman d’Im Kwon-taek. On traduirait aujourd’hui par La mère porteuse. C’est un très beau film pour lequel l’actrice qui joue le rôle de la mère porteuse a reçu le prix d’interprétation à Venise cette année-là. L’histoire se passe au 19ème siècle, dans une famille d’aristocrates respectueux de leurs ancêtres et religieux (confucéens). La grand-mère paternelle exige que son fils ait un héritier mâle pour lui transmettre son héritage (Maupassant raconte une histoire un peu semblable dans sa nouvelle L’héritage de 1884). Or le couple est stérile (bien sûr à cause de la femme), la bru va donc proposer à son mari d’employer une mère porteuse à laquelle elle se substituera juste au moment de l’accouchement pour faire passer l’enfant pour le sien - une pratique semble-t-il répandue à l’époque pour n’avoir que des garçons (si la mère porteuse avait une fille, elle la gardait et l’élevait comme la sienne à la campagne. Il existait ainsi des villages entièrement féminins, habités uniquement par d’anciennes mères porteuses et leurs filles). On embauche donc une très belle jeune fille vierge, qui est justement l’une de ces filles « déchets » d’une ancienne mère porteuse rendue infirme à cause de mauvais traitements. L’héroïne est séquestrée pendant des mois dans une chambre secrète (elle a le droit de n’en sortir que la nuit) où elle va recevoir à certaines dates le maître de maison pour être fécondée. Les dates en question sont savamment calculées par des sorcières locales qui lui font subir des traitements barbares destinés à susciter le yin en elle. La jeune fille tombe amoureuse du maître qui, toujours attaché à sa femme et à sa religion, était au départ contre cette opération. Il semble assez séduit lui aussi mais il est complètement ligoté à la tradition et étroitement surveillé. Pendant tout le film, il ne lui adresse pas une seule parole, tout se passe en gestes, échanges de regards, scènes d’amour clandestines ou officielles. Le film finit aussi cruellement qu’il avait commencé : on arrache le nouveau né heureusement mâle à la jeune fille qu’on renvoie de force chez sa mère, désespérée, la nuit même de l’accouchement. Un an après, devenue mélancolique, elle se pend.

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